Fenêtre sur le pays

Dytolie 122-123-128-129-130
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Zaldo
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La vie au milieu des champs (51).
27 novembre 2045,

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Trois des chevaliers ayant participé à l'épreuve (ici à la fin de l'été).

Si l'on reconnaissait le Thorval à ses tournois restés fidèles aux origines, c'est-à-dire sans parades et fadaises courtoises, il l'était toutefois beaucoup moins pour ses courses de chevaux, épreuves traditionnelles de l'hiver. Plus de cinquante chevaliers s'étaient, cette année, assemblés chez Jensi d'Hàrland, dans sa forteresse de Drengrland, non loin des rives de la Mer des Crabes. Ils chantèrent et festoyèrent ensemble le premier jour, avant de se lever aux aurores et de s'aligner gravement, un par un, sur le chemin du départ. Les serfs arrivaient des pays voisins, foisonnant de toute part, et peuplaient chacun des abords. Tandis que les participants s'impatientaient et se toisaient avidement, la dame du seigneur porta soudain l'olifant à sa bouche et sonna à en effrayer les oiseaux ! Les chevaliers s'élancèrent aussitôt dans une dantesque et mirifique cohue. Un nuage de poussière, presque impénétrable, les enveloppa d'emblée. On entendit des beuglements, des clameurs, des hennissements, des sabots battant la terre mais aussi des cris de douleurs, des gens piétinés... Malheur à ceux qui chutaient les premiers car tout les autres chevaux leur passaient alors dessus et les broyaient littéralement. L’épreuve traversa un pré, un moulin, un étang, une forêt puis à nouveau un pré, renversa la charrette d'un riche marchand imprudent et s'étendit sur deux lieues. Sur les cinquante du départ, seuls vingt achevèrent la course. Les autres furent tous désarçonnés et sept finirent gravement blessés, dont l'un dû être estropié de sa jambe destre. Grand malheur pour qui la vie de guerrier prenait fin.

Valdarr V de Prúðrlög fut proclamé grand vainqueur et reçut un destrier pour ses exploits. Ses deux poursuivants, Ólafr III de Danirvágr et Yrsa de Meltorfahamarr, furent également récompensés, se voyant respectivement remettre une hache de qualité et une belle selle. L'épreuve qui venait de se conclure possédait une fière renommée mais ne constituait véritablement qu'un avant-goût de la vraie course, celle qui se déroulera le lendemain de la Nativité sur les eaux gelées du lac de Fróðleikrgróf !
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« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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Zaldo
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La guerre sans fin (30).
12 décembre 2045,

Apparut cet été à la cour de Meltorfahamarr, Hróðbjartr s'habitua peu à peu à la rudesse de la vie d'écuyer. Bien que parfois sévère, le jeune garçon estimait déjà profondément le savoir que la Reine lui transmettait. Et parce qu'elle le nourrissait et faisait de lui un bon chevalier, il se jura, un soir, de demeurer à ses cotés, de partager ses joies et ses peines, ainsi que de lui toujours garder féauté. Un matin, tout deux sellèrent coursiers et partirent, avec armes et cottes de maille, chevaucher les vallées avoisinantes. Lancée à bride abattue, Marie exaltait l'écuyer : du nerf ! Du nerf petit homme ! Et ce dernier s'attelait tant bien que mal à suivre la folle célérité de sa Dame. En raison de récentes escarmouches et autres guets-apens féodaux, trois Vierges de fer, ainsi que l’Échanson de la cour, suivaient à proximité, guettant ainsi le moindre mouvement suspect des environs. En fin de matinée, la Reine et son bachelier entrèrent dans une forêt, gravissant prudemment les pentes, baissant la tête à l'arrivée des branches et serpentant entre pierres et grosses racines, chemins d'autant plus traitres que recouvert de neige. Ils arrivèrent bientôt à une rivière où les montures burent à leur soif. Après une petite collation de pain et de poisson séché, carême de l'Avent oblige, ils quittèrent la forêt sans rencontrer le moindre brigand, ni le plus petit danger.

De retour à l'orée du bois, et après avoir traversé quelque distance au trot, le groupe tomba soudain sur un visage familier : Sóma la guérisseuse qui avait disparu peu de temps suivant la tentative d'empoisonnement et sur laquelle pesait depuis lors les plus lourds soupçons. Apeurée, la sorcière essaya de s'enfuir mais la Vierge Kárhildr lança son destrier et la frappa du plat de l'épée, avant de la ramener sans ménagement devant la suzeraine. Du haut de son cheval, mains sur les brides, cette dernière exigea abruptement à la guérisseuse l'aveu de son crime ! A genoux, intimidée et face contre terre, Sóma hésita avant d'admettre sa culpabilité et de supplier la suzeraine de l'épargner, jusqu'à en révéler le commanditaire : le Jarl Bjǫrn de Faarbjarg, le propre oncle de Marie... Guère surprise, cette dernière sourit et s'en amusa même avec ses gens. Pendant ce temps, la guérisseuse pensa à son mari Nefgeirr, rencontré peu après sa fuite, et se rappela des moments passés ensemble, des promenades et de l'amour qu'elle lui portait. A cette heure, celle-ci n'avait qu'un seul désir : allez le retrouver et le serrer en ses bras.

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Souvenirs d'été...

Un long moment passa lorsque la suzeraine lui intima soudainement de se mettre debout et de ne plus jamais revenir. Abasourdi, Sóma leva doucement la tête, osant à peine croiser le regard de la reine, se confondit en excuses et s'en alla précipitamment. Ce fut du reste une bonne lectio pour Hróðbjartr et sa dame lui enseigna que si la justice devait habituellement se montrer implacable, il existait certains moments où la miséricorde devait abonder, voir surabonder.

De son coté, Sóma dévalait prestement le sentier jusqu'à la hutte de son homme. Cependant, un chevalier semblait s'être lancé à sa poursuite et la rattrapa promptement. Paniquée, la femme y reconnut l'Échanson qui paraissait ivre de colère. Son regard était terrible. L’agrippant par les cheveux et ignorant ses suppliques, le serviteur l'avisa, affreusement, que si Marie lui avait pardonné, lui ne le pourrait jamais, avant de lui enfoncer sa dague en plein cœur, et de la laisser, là, expier dans la solitude et le froid de l'hiver...
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Les Annales de Saint Knútr (3).
17 décembre 2045,

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Entamées lors du XIIe siècle au monastère Sanct Knútr d'Hàrland,
les Annales de Sanct Knútr renfermaient plus de quatre cent
manuscrits. Les moines et les moniales du lieu en nourrissaient
l’œuvre jusqu'à nos jours.


Extrait retranscrit en gallique contemporain.

Sur la fondation de la lignée royale :

A la millième année de la nativité du Fils de Sainte Marie,
advint une nouvelle lignée sur le grand trône sacré,
anciennes et vénérables étaient ses racines,
et chacune courrait en temps immémoriaux.

Cette belle race fut plus juste qu'Aðulfr le Mauvais,
car elle croyait en le Fils de Sainte Marie et à sa gente Mère,
alors qu'Aðulfr adorait démons et idoles en bois.

L'ancêtre de la race royale s'appelait Bróðir le Fort,
il naquit d'un commerce charnel extraordinaire,
celui d'une humble paysanne et du plus fabuleux des ours,
plus fort que mille hommes et plus haut que mille montagnes.

Le sang de cette prodigieuse créature fut léguée en héritage,
et tout ses descendants en portaient dans leur sein,
une oursonne apeurée était Marie à ces premiers temps,
une redoutable ourse devint-elle au fil du temps.

D'ours et d'acier était son sang,
mais d'un doux miel était son cœur. Amen.

Auteur inconnu.
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Grandeur et servitude impériale (20).
20 décembre 2045,

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Fólki, nouveau petit oblat du monastère Saincte Hildigerðr.

Soutenus en cela par le légat pontifical, les censeurs impériaux venaient de réaliser une sorte de grand inventaire du clergé thorvalois. Ce dernier était abondant et le renouvellement chaque année des clercs traduisait des vocations véritablement prospères. Les oblats, enfants légués à un monastère, foisonnaient ; les écolâtres des écoles abbatiales, des écoles cathédrales ou de l'université ne manquaient jamais d'écoliers et le clergé occupait la plupart des grands rôle politiques. Il en allait de même pour la sapience, ect. Par ailleurs, en dépit du vieux thorvalois d'Église, dialecte servant à la liturgie, crée au IXe siècle afin de palier le manque de latinistes d'alors, la majorité des ecclésiastiques maitrisait de nos jours le Latin. Profondément agraire, l'Église catholique de Thorval s'organisait non de façon romane, autour des villes et des évêques, mais des campagnes et des abbés-mitrés. La vie monastique attira, ces dernières années, fermement l'attention de la Foi Militante afin de l'en nettoyer de celles et de ceux qui y déambulaient pour de mauvaises raisons, en plus de scandaliser, de corrompre, de déstabiliser et de mettre les communautés à feu et à sang par leur seules très mauvaises influences.

3 évêques
731 prêtres, chanoines, et diacres de ville
932 mendiants et mendiantes (principalement dominicains)
83 novices mendiants

30 abbés-mitrés
18 021 prêtres, chanoines et diacres ruraux
1 700 abbés et abbesses
61 200 moines et moniales
18 700 oblats et oblates
4 332 novices monastiques adultes
7 500 moines soldats (principalement des Hospitaliers, des Chevaliers de la Foi, des Frères Chrétiens du Saint Nom [milices de la Foi Militante] et quelques dizaines de Templiers)

Le clergé, selon une définition stricte ou large, regroupait entre 4,76 et 5,98% de la population. Par ailleurs la proportion d'hommes et de femme dans l'Église variait de 58,17/41,83 (stricte) à 56,52/43,48 (large) en faveur des hommes. En somme, l'on n'y trouvait pas un trop grand déséquilibre, l'Église renfermant même beaucoup de femmes, dont de très puissantes abbesses, en comparaison d'autres terres où le dépérissement des monastères conduisit à leurs disparition presque complète du clergé.
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« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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La guerre sans fin (31).
31 décembre 2045,

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A Valborg, cet automne...

Au matin de la première lune d'automne, un chariot accompagné de cinq sergents et de trois cavaliers du guet sortit des murs de Valborg pour un long périple jusqu'aux rudes terres escarpées des monts Heilagrbjǫrg. Le convoi n'avait guère d'allure et semblait plutôt n'acheminer que quelques vulgaires peaux, poules, moutons et autres sacs de grain. Sa pauvre apparence ne fut toutefois que ruse et la précieuse charrette renfermait en vérité certains des plus beaux brocarts jamais confectionnés ou aperçut de mémoire d'homme au Thorval. Plusieurs éclatantes étoffes brochées, cousues de fils d'or, chacune arborant de chatoyantes couleurs verte, bleue et rouge.

Pareil à un pèlerinage outre-mer, le voyage fut particulièrement éprouvant, cela en dépit de l'empressement dont firent preuve les bourgeois. Le convoi eut en effet à circuler sur nombres de chemins peu entretenus, dont l'état se dégradait au fur à mesure de l'approche de l'hiver, mais aussi à traverser périlleux gués de méchantes rivières, à s'acquitter de maints péages seigneuriaux, à effectuer moult détours, à constamment s'éloigner de la destination, à se mettre des jours durant à l'abri d'escarmouches de chevaliers, à soudoyer d'aucuns brigands, à dormir dans le froid d'une effrayante clairière, et force autres grands désagréments.

Trois lunes passèrent et les bourgeois atteignirent enfin le plateau de Hljóðrvǫllr, fief qui, de ce qu'il en entendirent, appartenait au domaine de la Reine Marie. Encore quelques vingts bonnes lieues, à travers vallées et forêts, et la terre promise luirait enfin devant leurs yeux ébahis. Hélas, le convoi fut bientôt rattrapé par une bande de soudards conduite par une impressionnante femme guerrière, toute de fer vêtue. Ses yeux azurs, son frais clair visage et son interminable chevelure, rousse et tressées, ensorcelèrent les bourgeois qui n'avaient d'yeux que pour elle. En plus de sa radieuse beauté, la dame était grande, forte et bonne à la guerre. Maints hommes de ce pays la désiraient mais aucun ne put ni la marier, ni la connaître charnellement, car Yrsa était vierge et avait juré de le demeurer jusqu'à son passage devant Dieu. L'un des voyageurs remarqua son tabar aux insignes royaux et s'en montra plutôt rassuré, souriant. Encore éblouit, l'homme tira, d'en dessous les peaux, le petit coffre emplit d'or mais la Vierge de fer fit savoir qu'il ne s'agissait pas de péage. Étonnés, les gens du cortège s'épièrent, ne sachant à quel saint se vouer. Remarquant leur inquiétude, Yrsa annonça alors la réquisition, en vertu Droit de prise, de l'ensemble des biens transportés, ceci au nom de la Reine. Les voyageurs en tombèrent aussitôt des nus et protestèrent, disputant que ces choses appartenaient au Jarl Bjǫrn de Faarbjarg [oncle de Marie] ! Mais la guerrière n'en eut cure et menaça de les éventrer un par un et de garnir les arbres de chacune de leurs dépouilles. Il n'en fallut pas davantage aux Valborgeois pour prendre leurs jambes à leurs cou et fuir le plus loin possible en abandonnant charrette et chevaux.

La Vierge de fer ne fut pas peu heureuse de reparaitre les bras pleins à Meltorfahamarr. Marie salua sa féauté et légua les moutons, les poules et le grain à ses serfs. Des riches brocarts fit elle ensuite don à la Basilissa qui fut à ses yeux la seule assez digne de les revêtir. Teodora la remercia chaleureusement et la loua pour son sens du devoir. Quant à la guerre entre Marie et son oncle, cette dernière ne faisait que commencer...
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La guerre sans fin (32).
7 janvier 2046,

Lorsque l'éclaireur agenouillé lui annonça la prise du chariot de Valborg par sa nièce, la Reine Marie, Bjǫrn de Faarbjarg, le Roi de la Montagne, sombra en farouche colère. Il fut animé d'une telle rage que sa majestueuse forteresse, Sóbjarg, trembla littéralement sur ses fondations. Le seigneur passa alors le reste du jour à grincer des dents, à chasser ses serviteurs, à fulminer et à grogner, seul sur son trône. Même Birgit, son épouse, à qui les brocarts étaient destinés, échoua à l'apaiser et son état commença à susciter chuchotements, conversations d'alcôve et intrigues sournoises parmi ses vassaux, chevaliers, familiers et conseillers.

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Le Psautier des Ardents échoua entre des mains seigneuriales...

Le Jarl recouvrit heureusement sens à la levée du jour lorsque ses soudards reparurent au château munis du majestueux psautier des Ardents, exécuté en l'an de Grâce 2045 (du moins l'avait-on accomplit cette année-ci) au scriptorium de l'Abbaye Nostre-Dame des Ardents, l'un des plus renommé du royaume, pour servir à la lectio divina des religieux de Abbaye Nostre Dame des Povres.

Radieux, Bjǫrn contempla l’œuvre d'art, fruit de son larcin : richement orné, le livre contenait le recueil en latin de cent cinquante psaumes dans leur version romane, le psaume surnuméraire 151, des cantiques, le Symbole d'Athanase et des litanies. L'ouvrage était aussi l'un des plus abondamment illustré, renfermant pas moins de vingt miniatures, dont une Mère de Dieu trônant et une remarquable Nativité à la feuille d'or, assorties également de cent soixante dix-sept lettrines ornées ou historiées représentant tant des animaux des forêts thorvaloises, que des personnages tirés de la bible, des saints thorvalois, des angelots, et des créatures appartenant aux anciennes croyances du Nord. Les lettrines se trouvaient, quant à elles, successivement peintes de couleurs verte, violette et jaune. Le féodal apprécia enfin les fines coutures reliant ensemble les divers manuscrits et autres feuillets. Il voulut connaître le nom de ce grand ligator mais ce fut hélas peine perdue.
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Les Annales de Saint Knútr (4).
12 janvier 2046,

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Entamées lors du XIIe siècle au monastère Sanct Knútr d'Hàrland,
les Annales de Sanct Knútr renfermaient plus de quatre cent
manuscrits. Les moines et les moniales du lieu en nourrissaient
l’œuvre jusqu'à nos jours.


Extrait retranscrit en gallique contemporain.

Sur l'Affaire du Sel :

Par son infernal commerce avec une fausse religieuse,
un fol usurier déchaina les forces du Malin sur Miðgarðr,
l'Antique Serpent fît alors paraitre de grands prodiges dans le ciel,
et de ses abominations réveilla la concupiscence des hommes.

Ce ne fut plus que chaos, viols, pillages, folies et injustices,
la plus grande désolation que Miðgarðr eut jamais à éprouver.

Mais Dieu se souvint de Ses peuples du Nord,
par ses Saints et dévoués Chevaliers chassa les méchants,
punit les impudiques, les idolâtres, les adultères, les injustes,
et restaura la justice à Miðgarðr dans les siècles et les siècles.

L'usurier coupable connut une ruine soudaine,
tomba dans l'ivrognerie et sa race disparut à tout jamais.

Auteur inconnu.
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« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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Grandeur et servitude impériale (21).
14 janvier 2046,

Un bref de Radanie arriva à la sixième heure du jour à l'attention de l'Impératrice Teodora. La missive relatait de façon détaillée les efforts de l'Imperium pour déstabiliser le San Gennaro et tisser de puissants liens avec les Paladins pontificaux, le clergé latin, la résistance catholique, les carabiniers et maintenant même avec l'Esercito... Les nouvelles égayèrent la Basilissa qui en avisa sa vassale Marie et déclama que la glorieuse conquête de Romanella suivait son prodigieux cours surnaturel ! La Reine en remercia le Fils de Sainte-Marie et se dit prête, en nom de ses devoirs féodaux, à en passer elle même les marchands du temple, les usuriers et les « fols » [mécréants dans le contexte-ci] au fil de l'épée. Teodora loua de plus belle son exemplaire féauté et jura de toujours en garder « remembrance ».

Plus tard, la Reine fit seller deux beaux chevaux et partit dans les bois avec l'Impératrice afin de lui faire connaître certains de ses amis. Le vent bruissait entre les branches et faisait trembloter les quelques menues flocons venant du ciel blanc. La forêt tenait une place particulière chez les Thorvalois. Elle était une indispensable source de bois pour le chauffage, l'artisanat et la construction, mais aussi la réserve de quantité de champignons, de racines, d'herbes, de baies, de feuilles et de faines servant à la concoction de boissons et de potions. La forêt accueillait en effet une importante activité et l'on pouvait y côtoyer, en dehors des brigands et des méchantes sorcières, à l'opposée des bonnes, non seulement moult serfs entrain de chasser mais aussi des quêteurs de miel et de cire sauvage, des peleurs d'écorces, des gemmeurs, etc. Teodora remarqua enfin que nombres de Thorvalois saluaient les arbres, s'y agenouillaient, priaient les saints et y laissaient des offrandes.

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L'une des charbonnières du village.

Soudain, les deux dames arrivèrent en vue d'un amas de plusieurs huttes et trois hautes charbonnières éteintes. Un village de charbonniers. Avertis par les bruits de sabots, ces derniers sortirent des chaumières et firent aussitôt fête à la suzeraine qui était tant une protectrice qu'une bienfaitrice en leur apportant du pain, des fruits et des quartiers de viande récoltés en son cellier. Marie leur montra l'Impératrice à laquelle les charbonniers accordèrent maintes et profondes révérences ! Après quoi, la Reine se renseigna sur les brigands pillards et autres maraudeurs sévissant au sein de la région...
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La vie au milieu des champs (52).
19 janvier 2046,

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La sorcière Hallótta.

L’Église s'opposait parfois aux pratiques magiques. Quand bien même, magie et christianisme s'entremêlaient au Thorval de manière beaucoup plus harmonieuse que dans n'importe quelle autre contrée. Aussi, la plupart des incantations s'appuyaient sur des éléments chrétiens et les pratiquants faisaient également l'usage d'objets religieux (reliques, eau bénite, images de saints) et de prières chrétiennes. Les prêtres et les moines étaient eux-mêmes souvent parties prenantes des différents rituels.

Le royaume était dès lors peuplé de centaines, voir de milliers, de ces « gent » sorcières, guérisseuses et matrones douées par la tradition de profondes connaissances sur la nature, les plantes et la magie. Il en allait ainsi de Hallótta qui accomplissait des merveilles en son village, Grissvík, et s'en trouvait grandement aimée et respectée de tous, également du seigneur duquel dépendait l'hameau situé sur les rives nord-ouest de la mer des Crabes. Sa magie était notamment capable de guérir, de prédire l'avenir, d'offrir une protection ou de retrouver un objet ou un animal perdu ou volé. Le sortilège des terres infructueuses permettait par exemple de protéger les champs contre la magie noire. Dès lors, si un serf craignait qu'une méchante sorcière ou un sorcier maléfique essayait de ruiner ses récoltes, il devait accomplir le rituel suivant au printemps (version traduite en gallique contemporain) :

Avant l'aube, va aux quatre coins de ton champs et récolte y un bon morceau de terre et d'herbe. Retiens les endroits où tu les as obtenu. Ensuite, mélange le lait de tes vaches avec du miel, du levain, de l'eau bénite, des quartiers de chaque espèce de plantes que tu rencontreras dans les environs, ainsi que d'écorces venant de chacun des arbres (sauf les feuillus) du village. Égoutte la moitié du mélange sur les quatre cotés de ton champs et prononce une bénédiction chrétienne.

Ensuite, va vers l'église et demande au prêtre de chanter quatre messes. Prend avec toi les morceaux que tu as récolté auparavant et assure toi que les parties vertes soient bien dirigées vers l'autel. Une fois les célébrations terminées, rentre chez toi et avant le couché du soleil, remet les portions là où tu les a pris. Récite alors les formules, que je t'ai appris, au Fils de Sainte Marie et aux Landvættir [esprits de la nature, de la terre]. Se faisant, prosterne toi dix fois, puis tourne toi vers le soleil et prosterne toi à nouveau de tout ton long sur la sole. Enfin, trouve un homme peu nourri et cuit lui du pain avec de l'eau bénite.


Une fois accompli, le serf n'avait plus rien à craindre : ses blés étaient protégés de toute malédiction et sorcellerie jusqu'au solstice d'hiver.
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Grandeur et servitude impériale (22).
31 janvier 2046,

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Le dominicain se tenant aux cotés d'une statue de la Vierge à l'Enfant
dans l'Église Sainte-Marie de Staggaþrstrǫnd.

Le Frère dominicain Tommaso Cortina apparut un matin de ciel clair près de la herse fermant la forteresse royale, s'y présentant comme serviteur de l'Empire. Et pour cause, le clerc fut investit par le Drome afin de professer une lectio d'Italique à l'Impératrice. Hélas, les gardes n'eurent aucune sapience du latin et ce ne fut qu'après la venue du Chancelier que le Mendiant se fit enfin ouvrir et qu'il put par la suite rejoindre la Basilissa au donjon. Cette dernière maitrisait déjà six idiomes : le Valdaque, l'Hellène, l'Hellène ancien, le Latin, le Radanien et le Vieux thorvalois (en vérité, deux dialectes et la moitié d'un autre) ; il lui fallait dorénavant apprendre la langue des terres qui pourraient bientôt constituer le cœur de l'Empire roman.

Tommaso Cortina était l'un de ces nombreux prêtres rebelles à l'autorité du Magnifique. Originaire de Porto Pesci, petite ville portuaire de Latina, l'homme d'Église se joignit dès les premières heures au combat des Paladins Pontificaux, avant de jurer féauté à l'Imperium Romanum. Au cours de son périple sur les terres reculées et sauvages du Thorval, le clerc fit halte et pria au sein de maintes églises. Sa Foi ardente resplendit au yeux des serfs et de toutes celles qu'il rencontra sur son chemin.
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Hors série : Chrétienté & Occident & Humanisme (7).
intemporel,
Les Hors-séries visent à illustrer un ou plusieurs aspects présents dans le monde RP, et parfois également au Thorval.

Une BOUSSOLE illustrant les tendances profondes à l'égard des notions de Chrétienté, d'Occident, de Christianisme et d'Humanisme.

L'axe horizontal court de la Chrétienté, espace politico-religieux porté par la Foi chrétienne et animé de doctrines conformes à cette dernière (dont notamment la pleine destruction de l'usure), jusqu'à l'Occident, civilisation consciente d'elle-même héritière de la civilisation hellèno-romane dont les fondements ne sont plus dans la religion, mais dans ses propres capacités intellectuelles, tout en ayant pu conserver un peuple pieu ou certains vernis de christianisme.

L'axe vertical va du Christianisme, centré sur Dieu et où rien n'est possible en dehors de la Foi catholique, jusqu'à l'Humanisme, courant porté par l'esprit de laïcité et de désacralisation, ainsi qu'une vision favorable à l'Homme et à sa place au sein du monde.

Note : Les Thorvalois sont forcément placés loin de tout humanisme ou d'Occident, leur langue n'ayant même pas de mot propre pour les désigner, pas plus que l’appellation de Dytolie...

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Marie III est la Reine de Thorval.
Teodora est l'Autokrateira, Impératrice des Romans.

Le chanoine (prêtre) Markus est le Chancelier de la Reine Marie et présumée Tête de la Foi Militante.
Giulia est la Régente de Latina.
Cesare XI est le Duc de San Gennaro.
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La vie au milieu des champs (53).
6 février 2046,

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Confection de tourte du chevalier.

Alors que le Mardi Gras fut comme de coutume un immense abîme mêlant processions saugrenues, fêtes grotesques, beuveries démesurées, moqueries, jurons, rapines, scènes orgiaques, lynchages d’effigies, violences, humiliations, propos scandaleux, messes profanées, clergé bafoué... En somme, un gigantesque chaos s'emparant des villages, des villes, des mottes et des forteresses... que l'Église encadrait, menait, conduisait et encourageait elle même !

Depuis l'enfance, la Reine Marie n'apprécia jamais vraiment ces réjouissances du Mardis Gras, pas plus que ses épouvantables abus. Aussi, afin d'en épargner ses domaines, elle demanda à ses servantes de cuire quarante vingt (800) tourtes du Chevalier et de les servir à ses serfs, ainsi qu'à certains de ses autres hôtes, parmi lesquels l'Impératrice Teodora, l'ambassadeur du Vinland, le Légat du Shogun, le Légat du Pape, et celui du Drajask. La nouvelle fut criée dans les campagnes et des centaines de serfs envahirent bientôt la cour. Deux marchands furent, à ce titre, hardiment fouettés et cloués au pilori après avoir essayé de se faire passer pour des serfs. A peine eurent-ils, cependant, poser le pieds en la basse cour que leurs finasseries furent découvertes, et les fripons confondus par les gens de la région qui n'en reconnurent aucun !

L'homme du Vinland attira, comme souvent, les regards sur son écuelle par son étrange coutume de couper la tourte au couteau et d'en manger la pâte, alors que les Thorvalois ouvraient la tourte et mangeaient ce qui se trouvaient à l'intérieur : du porc, du poulet et des venaison assaisonnés à l'aneth, au poivre long (amené par Teodora) et à d'autres herbes cueillit dans les environs. La pâte était ensuite laissée aux chiens.
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« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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Zaldo
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Re: Fenêtre sur le pays

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Grandeur et servitude impériale (23).
21 février 2046,

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L'aide du royaume pour Latina (reliquaire de Sancte Elina).

Après presque une lune d'apprentissage, l'écolâtre Cortina constata les bons avancements de l'Impératrice dans sa connaissance de la langue italique. Entre chaque séance de justice, de doléances, d'expéditions de chasse et de patrouille à travers ses domaines, le Dominicain put aussi rencontrer la Reine Marie et longuement lui conter la lutte apocalyptique menée par Latina contre les forces du Malin assemblées autour d'un Dux de Foi Arienne ayant sombré dans le stupre et le plus infâme des lucres. L'histoire transporta Marie et il parut que maints chants angéliques descendirent soudain du Ciel pour envahir la cour de Meltorfahamarr d'une sérénité hors du temps. Un instant de grand bonheur, d'espérance, un miracle, un Signe de Dieu qui causa grande ferveur et diligent empressement !

La Suzeraine manifesta dès lors le désir de faire le pèlerinage en Papauté, de voir Romanella, de se recueillir devant les tombeaux sacrés et d'y prier les Saints. Plus encore, elle souhaita venir en aide aux chrétiens de Latina. Elle fit, à ce titre, don à la Régente Giulia des reliques de la glorieuse Sancte Elina, au risque de mécontenter ses serfs, ainsi que de cent pièces d'or, fortune dont elle ne pouvait, pourtant, se permettre de dilapider. Toutefois, la vraie vertu évangélique ne consistait-elle pas à se séparer de son nécessaire, plutôt que de son superflu ? Le convoi quitta l'enceinte du château le 21 février de l'An de Grâce 2046 Grégorien sous l'escorte de cinq chevaliers accompagnés de vingt sergents.
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« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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