Fenêtre sur le pays

Dytolie 122-123-128-129-130
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Zaldo
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Pomme pourrie.
12 février 2037,

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Le Cardinal scandaleux.


Monseigneur Gerolf Regelarsen, Évêque de Valborg et Cardinal de l'Église, était davantage réputé pour sa fréquentation des intrigues que pour donner la messe en sa Cathédrale. L'homme était doué d'un sens politique aiguisé et ne s'en privait guère en rendant des services réguliers à la Reine et aux Feudataires afin de contenir les humeurs vindicatives de leurs vassaux respectifs. Le Prince de l'Église se montrait cynique et savait berner son monde. Récemment, il sut convaincre la Reine de sa loyauté, tout en fournissant de précieuses informations en sous main à son pire ennemi chez les Grands, l'inquiétant Comte Ragnarr III. Car les Grands n'étaient pas des représentants de la Couronne mais des Chefs locaux dotés de leur propre légitimité et qui s'émanciperaient volontiers du royaume pour devenir eux mêmes rois souverains.

Au fil de ses chuchotements, le Cardinal devint également l'Usurier des féodaux, distribuant des coffrets emplit d'or sans que personne n'interrogea sur leur provenance. Monseigneur Regelarsen était créancier de personnages aussi puissants que la Duchesse de Mølleåen, le Margrave de Lutangrænser, le Duc de Skovegård et le Duc d'Hårland. Une position avantageuse et dangereuse à la fois, étant donné le « manque d'honneur » des Bellatores, plus connus pour se débarrasser des Banquiers trop pressant, que de leur faire une quelconque allégeance.

Aujourd'hui, l'élite Vonalyenne accusait le prélat de 61 ans d'être propriétaire d'un bordel clandestin. Hélas, l'information se perdit en cours de route et arriva complètement dégénérée à Valborg. Là, les gens des tavernes parlaient plutôt des relations sexuelles auxquelles il s'adonnerait, des messes noires qu'ils célèbreraient etc. La colère grondait et Gerolf Regelarsen semblait être dans de beaux draps, d'autant que les tribunaux d'Inquisition prépareraient une enquête à son encontre. Les aventures de l’ecclésiastique passionnaient dans sa ville de résidence, mais ne semblaient toutefois pas faire de vagues ailleurs car les péripéties d'un estranger n'intéressaient pas, aussi folles et épiques soient-elles.
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Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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Zaldo
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Pomme saine.
14 février 2037,

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Le savant venu de Santogne, photo de lui dans son pays natal.


La Højting (États-Généraux) approchait à grands pas. La question de savoir si le Thorval devait s'ouvrir au commerce étranger y sera immanquablement posée. Bien que noyées dans la mer paysanne, il ne sera pas simple d'étouffer la voix et les aspirations bourgeoises. Pour se préparer au face-à-face, Marie III fit amener divers savants étrangers afin de l'éduquer sur le phénomène, que l'on connaissait mieux sous le nom de Loy des merciers. Les premiers intervenants s'y montrèrent favorables et enthousiastes, vantant ses nombreux mérites sans trop s'attarder sur ses défauts, si d'aventure elle en avait ! La Reine écouta de sa cathèdre, sans poser de questions, et en tira la peu heureuse impression d'être baratinée par les courtisans de quelconques Princes usuriers. Le 14 février de l'An de Grâce 2037, c'est un savant Santognais qui entra dans la Grand'Salle. Il s'inclina et se présenta. Joseph, un mystique originaire de Santogne, eu la tâche de traduire son discours en Teitrlandais, parler local archaïque dont les racines sont le vieux-thorvalois.

Ci dessous, l'intervention passionnée de Baptistòu Chareyre dans sa langue natale :

« Marie Reyne 1,

La Loi des Merciers n'est pas un phénomène neutre. Elle tend à uniformiser les pensées et à nier les identités particulières au profit d'un modèle universel basé sur le commerce, le libre-échange, la domination des forces économique et la dissolution progressive des communautés nées du bon sens commun. Ne levez pas la herse devant la Loy des Merciers, ne la laissez pas entrer ! De votre royaume, elle asséchera les imaginaires, siphonnera les cultures, distendra les liens, empoisonnera les valeurs, moquera l'Honneur et encombrera les Portes du Ciel. Elle poussera vos sujets au seuil du désespoir, sur les bords de l’abime du Néant. Vos sujets trépasseront d'une nouvelle Peste : celle des gueules noires, des membres arrachés, des salaires de misère, des journées interminables, de l'exploitation sans pitié des enfants dès le plus jeune âge ! La terre sera abîmée et ne donnera plus de grains ! Les rivières pueront et plus un poisson n'y vivra. Vous serez témoin d'une misère générale, comme le Thorval n'en a jamais connu !

Marie Reyne,

Les chefs marchands sont pires que la Princesse de Votyakskiy, aussi folle soit-elle, car eux sont des tyrans en gants blancs, des bonimenteurs, des trompeurs, des manipulateurs, des hypocrites, des voleurs, des prédateurs, des assassins, des chiens, des hyènes, des vermines, des homoncules, des salauds ! Qu'ils soient maudits ! Puissent-t-ils connaître la ruine et le déshonneur !

Marie Reyne,

Ne lui laissez jamais le bénéfice du doute, elle vous perdra. Ouvrez vos portes au monde pour semer les petites graines du réenchantement des peuples. Cela, en veillant à toujours affirmer et conserver la liberté d'être du Thorval, qui est la possibilité d'être soi-même et de tracer son propre chemin dans l'histoire, refusant les philosophies toutes faites délétères que les banquiers réservent à tous ! En vos terres, corrigez les abus et offrez la justice, la multitude vous en saura grée. Merci.
»

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1 Le philosophe essaye d'imiter la façon de s'adresser aux Rois et Reines (ici "Marie Dróttning")
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Les talents d'or de David.
21 février 2037,

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Chez ma tante, l'entrée de l'ex Mont-de-Piété de Jensgård.


Le Mont-de-Piété sis Rue des bancs [traduit en français] de Jensgård a mis la clé sous la porte. La Famille Larsen qui dirigeait l'organisme de prêt sur gage depuis la moitié du XVIIIe siècle était ruinée et devait dorénavant sa survie à la Charité de l'Église. L'établissement avait, ces dernières années, fait nombres d'affaires avec le monde féodal, dépensier et toujours à la recherche de fonds pour les rançons et l'entretien de ses domaines. Petit à petit, les créances impayées grossirent, et s'agrandit dans le même temps l'écart entre la valeur des biens posés en garantie et le montant des prêts. Certains n'en couvraient même pas 10%.

Ces comportements déloyaux n'épargnaient personne au sein de la Noblesse et étaient l'apanage aussi bien des Grands que des Hobereaux et de la Reine. Celle-ci devait, au Mont-de-Piété, environ 3 000 couronnes d'or, somme qui ne fut jamais remboursée. Pire, les prêteurs ne reçurent pas le gage promis. Avec l'argent, la suzeraine dépensa sans compter et put notamment construire un monastère, réparer des moulins, assécher des marais pour l'agriculture, réparer son armure, faire l'aumône, etc. Le Mont-de-piété eut beau porter plainte contre Marie, rien n'y fit. La prévôté municipale émit d'abord une injonction de paiement, en vain. Elle ordonna ensuite de saisir le château-fort Sankt-Olaf et de soumettre la Reine à dix coups de fouet. Ah ah.

Au delà des questions économiques, c'étaient ici deux types d'individu qui s'affrontaient : d'un coté l'Homme Bourgeois rationnel, rigoureux, férus d'ordre et porté sur le calcul économique. De l'autre l'Homme Naturel irrationnel, impulsif, imprévisible, immodéré, fougueux, héroïque, évoluant constamment dans les extrêmes, entre la vie et la mort, capable aussi bien de méchancetés que de générosité. Son mode de vie était constitué de terribles actes mais aussi de dons, de prodigalités, de gratuité et de libéralité. Il était radical par nature : il aspirait à l’héroïsme évangélique ou sombrait dans l'incroyance. La tiédeur n'était pas de son tempérament. Enfin, pour l'Homme Naturel, la gestion rationnelle de l'économie n'avait rien d'indispensable, il ne tenait pas de livre de compte et quand il le faisait, l'exactitude des chiffres n'était guère visée.
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Complot bourgeois.
23 février 2037,

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la ruelle sombre de Jensgård, enneigée au moment des faits.


La prochaine Højting (États Généraux) éveille les convoitises et aiguise les ambitions. La bourgeoisie locale souhaite profiter de l'occasion pour améliorer son statut et passer du rôle d'excroissance parasitaire à celui de force montante. Par dessus tout, elle espère un renversement des valeurs au profit des siennes, même si ces dernières demeurent encore un peu brouillonnes. Pour l'aider, elle peut néanmoins compter sur des soutiens étrangers. Ainsi, le Grand Chambellan a discrètement rencontré un philosophe germanique dans une ruelle sombre de Jensgård. Loin des regards, l'homme lui a remit plusieurs feuillets en Haut-Töttern expliquant la marche à suivre afin de changer la société. Il demande au Grand Chambellan de travailler Marie et de la convaincre du bien fondé de sa philosophie.

Voici le contenu des feuillets qui se devra être traduit dans une langue et des termes compréhensibles, sans doute par des écolâtres de l'Université :


La société du bien se caractérise avant tout, si ce n'est fondamentalement, par la formation accomplit de l'État et du Marché. L'avènement de l'un ne saurait aller sans l'autre. Individualisme et étatisme marchent au même pas. L'entrée dans l'ère du Marché comblera aussi bien les intérêts du pouvoir politique que des familles bourgeoises. Le premier y gagnera la puissance et des entrées fiscales exponentielles, les secondes pourront enfin conduire des affaires économiques susceptibles de les mener au bonheur. Pour se faire, la Reine doit s’ailler à la bourgeoisie et imposer de gré ou de force un certain nombre de mesures.

Politique

Renforcement de l'État royal par la destruction du système féodal. Centralisation.
Affaiblissement puis dislocation des groupes naturels (clans familiaux, communautés villageoises, confréries, métiers) afin qu'il n'y ai plus d'intermédiaires entre l'État et l'individu.
Codification des lois.
Formation d'une éthique d'État, voulant que sa mission se borne principalement au respect du Droit.

Économie

Rationalisation de l'activité économique.
Affaiblissement par la réglementation ou la force des échanges intracommunautaires non-marchands.
Uniformisation des normes juridiques.
Abolition des monnaies féodales.
Abolition de la monnaie métal pour la monnaie papier.
Généralisation de la valeur d'échange.
Révocation de l'Édit bannissant les banques et interdisant le prêt à intérêt.
Abolition des douanes intérieures au profit d'un nouveau marché national.
Mise en place d'une politique mercantile tournée vers le monde.
Reconnaissance de la propriété privée comme droit absolu et naturel, suppression de toutes les limites, entraves et risques existants sur le sujet.
Politique d'enclosure à la campagne.
Punition de l'oisiveté.
Reconnaissance et garantie de la liberté économique.
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Instruction philosophique.
16 février 2037 (antidaté)

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La Grand'salle, aménagée ici pour le midmál ou "repas du milieu" plus léger
par rapport au dagmál (réveil) et au náttmál (avant le coucher du soleil).


A Frueborg, le savant slave scruta la Grand'Salle entrain d'être apprêtée : les valets amenaient chaises, tranchoirs, gobelets et tables à tréteaux. Tout autour, les murs étaient tapissés de peintures, tandis qu'un immense âtre faisait face à une cathèdre de bois constellée d'entrelacs. Apparemment, l'endroit servait aux audiences publiques mais aussi aux séances de justice, aux assemblées familiales, aux réunions du conseil et à la ripaille. A toute heure, on pouvait également y voir des membres de la parentèle et des paysans du voisinage jouer aux dés, s'entrainer à l'épée, boire, discuter, faire les pitres, se bagarrer. Les petits enfants y courraient et criaient dans tous les sens. La Grand'Salle était un lieu bouillonnant, toujours animé. La Reine s'attabla en compagnie de ses filles, de sa mère et de quelques autres gens du clan, dont certains étaient visiblement nobles et d'autres simplement paysans. Néanmoins, il existait entre eux une indéniable familiarité, une proximité qui aurait de quoi surprendre à l'international mais pas ici, où l'attache clanique adoucissait et surpassait la hiérarchie féodale. Après la prière et le lavage des mains, le repas put enfin commencer. L'avidité en surprit l'étranger : les personnes mangeaient leur chapon directement avec les doigts, mordaient à belles dents dans la bonne chaire, avaient de la sauce partout sur la figure et s'enfilaient la bière qui dégoulinait systématiquement sur leur menton. La Reine remarqua le changement d'humeur de son invité et demanda [en parler Teitrlandais, traduit ensuite par Joseph] : « Qu'y-a-t-il mestre ? Vous estes soudainement bien coi. De grâce, poursuivez vos lectio. ». Łukasz sourit et reprit son instruction, tout en mangeant de la même manière que le reste de la tablée :

« L'esprit bourgeois n'aspire qu'à la moyenne, qu'à se placer dans la zone tempérée. Les fortes convictions l'angoissent.

Le bourgeois n'aime rien autant que lui même et sa propre vie. Il fera tout pour la préserver de l'inconfort.

Il veut bien servir Dieu mais aussi le plaisir. Les vertus peuvent lui être chers, mais tient-il quand même à conserver ses aises.

Le bourgeois est moins moral, qu'il n'est moraliste. Ses bonnes paroles dissimulent des intérêts marchands car tout son être est tourné vers le calcul.

Les marchands moraux sont de misérables gredins. Le Marché a besoin d'une société à son horrible image : marchande, nihiliste, vide. En quelques décennies, les verrous sauteront. Le libéralisme appuie le marché, non les peuples.

Dans le monde, les valeurs bourgeoises sont tellement influentes et ancrées, que les Hommes les croient innées, naturelles et universelles.

La tournure d'esprit des Droits naturels est éminemment bourgeoise.
»
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La politique et les astres.
9 mars 2037,


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Le château de Jarlborg dans l'Hjortgård, et le va-et-vient des éclaireurs.
Scène de l'automne dernier.


Le père Jesper Almveiging était d'âge mur – comme la majorité des gens, il ne connaissait pas sa date de naissance – et officiait en tant que chapelain auprès de la seigneur Borga af Hjortgård. Terre sauvage parsemée de forêts et de rivières, Hjortgård était néanmoins surtout réputée pour son luxuriant pays méridional, mers de verdure sur lesquelles naissaient et grandissaient parmi les meilleurs destriers du royaume. Ce statut particulier la protégea pour des siècles de la convoitise de ses voisins et participa activement à son image de terroir doux et pacifique. Toutefois, les choses allaient changer. Désormais, la maitresse régnante souhaitait agrandir son domaine en y rattachant l'héritage du Midhordland, ses nombreuses terres emblavées et ses prairies que l'on connaissait jusqu'a Jensgård ! Borga y fit dépêcher des éclaireurs qui revinrent munit de précieux rapports sur le château-fort ennemi, l'état de sa garnison, et les principales voix de communication. Un espion infiltra aussi la cour de l'adversaire, mais ne donna vite plus aucun signe de vie. Un Conseil de guerre se réunit, la Cheftaine à la belle chevelure y convia son capitaine, ses trois meilleurs chevaliers et son aumônier, le père Almveiging. Celui-ci était un petit curé de campagne, très provincial dans sa mentalité, mais aussi grand savant d'astronomie et d'... astrologie. Il était, en tant que tel, un inestimable et influent conseiller auprès de Borga qui ne prenait aucune grave décision sans que le bon père Jesper n'eut d'abord fait appel à la Science des Astres. Après moult discussions tactiques, militaires et stratégiques, le clerc tira le thème astral devant l'assemblée. Tous eurent les yeux rivés sur la « carte du ciel » sauf le capitaine Hákon qui fixa le prêtre avec mépris. Les minutes défilèrent et après une longue interprétation des positions de Venus et de Jupiter, le religieux conclut que la guerre serait une franche réussite à condition d'attendre la Saint Hallvard (15 mai). La Dame du château le remercia et ordonna qu'il en soit ainsi !

---

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Au Thorval, l'astronomie et l'astrologie étaient intimement liées. C'étaient les deux faces d'une même pièce : la première constituait l'un des sept arts libéraux, à la base de l'enseignement et tronc commun des Universités alors que la seconde venait d'obtenir une chaire à l'Université de Jensgård. Les relations entre l'astrologie et le Christianisme furent assez ambiguës. Aux premiers siècles, plusieurs conciles la mirent au ban de la société, mais sans la faire disparaitre. Au contraire, la science des astres continua de se répandre en Occident et d'y être étudiée, notamment par des savants religieux. La raison en fut que l'Église condamna moins la discipline en elle-même (lui reconnaissant des qualités), qu'un certain déterminisme astral évacuant autant la Providence que le Libre arbitre des Hommes. De nos jours, l'astrologie était largement pratiquée au Thorval et ne subissait pas d'inquiétude à condition de ne pas donner de caractère absolu aux astres. Les peuples faisaient dire leurs horoscopes, et les seigneurs entretenaient des astrologues qu'ils consultaient avant chaque grande décision. L'astrologie mondiale, qui étudie les correspondances entre la marche du monde et les mouvements planétaires, était la plus courante bien que la branche individuelle avait court aussi. C'est elle que l'Église surveillait le plus étroitement, étant aussi la variété à connaître le plus grand nombre de charlatans. Cela dit, le rival mortel de l'astrologie n'était de nos jours pas l'Église ou les escrocs, et encore moins le rationalisme, mais la lecture des runes, pratique traditionnelle du nord capable de convoyer des opérations magiques, divinatoires, de guérison et de nécromancie. Ces pratiques-ci étaient loin de ne pas avoir lieu dans le royaume ! Des devins et des apothicaires, notamment, s'y adonnaient.
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Pomme pourrie (2).
12 mars 2037,

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Scène à l'Inquisition de Valborg, durant un témoignage contre l'Évêque de la ville.
L'Inquisition était l'une des rares institutions de l'Église locale à avoir des clercs étrangers
rigoureux en son sein. Cette présence, qui ne manquait pas de susciter la controverse,
existait depuis janvier de l'An de Grâce 2037 sur demande du Pape, afin de contrôler
plus étroitement l'orthodoxie de la Foi au Thorval, pleine de superstitions païennes et de
légendes merveilleuses, raillée aussi bien par le catholicisme tridentin que moderne.
Le succès des puristes n'était pas encore venu, la Foi populaire, insaisissable, tenait bon.


Suivant un mois secoué par les rumeurs les plus folles, lourd de suspicions gênant considérablement la vie religieuse, l'Inquisition de Valborg avait décidé de sanctionner l'Évêque de la ville, Monseigneur Gerolf Regelarsen, lui ordonnant de quitter sa cathèdre pour mener une vie de pénitence, loin de la cité, au monastère Sainte Brigitte de Fårgård. Le clerc contesta la décision, se disant victime d'un complot et refusait de s'en aller. Il accusa aussi certains membres de l'Inquisition de miner les efforts d'orthodoxie de Sa Sainteté en attaquant les plus fidèles serviteurs du Christ, tel que lui-même, au lieu de lutter contre l'hérésie, la vraie, ainsi que les superstitions païennes qui émaillaient les campagnes depuis des siècles, voir depuis la Christianisation du royaume.

Le prélat, fameux pour son habileté politique et ses richesses, était accusé de célébrer des messes noires, de s'adonner aux orgies et de pratiquer la simonie. Si au tribunal les témoignages de fidèles pauvres, de simples femmes et d'humbles pêcheurs abondaient contre lui, les preuves tangibles de sa culpabilité manquaient. Le Chapitre des chanoines de la Cathédrale Notre-Dame de Valborg était en pleine confusion, incapable de se prononcer sur la vacance du siège épiscopal, tandis que les chrétiens du diocèse se rabattaient sur les curés ruraux errants, causant la colère des prêtres résidant. En tous cas, l'affaire eu au moins le mérite de décupler la piété à l'encontre du Voile de la Vierge, précieuse relique de la ville depuis l'An de Grâce 1399.
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Essai privé.


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Lutte pour la domination

La Dytolie est divisée en deux grands ensembles fortement influencés, si ce n'est dirigés, par la Reine du Vonalya et le Président de la Ligue de Lébira dont les cœurs géopolitiques respectifs sont la Mer Boréale et la Cérulée. Chacun participe activement à la Mondialisation économique (les autres aspects n'ont pas d'importance tant que l'économie va) et ambitionne de dominer la Dytolie. La Boréalie s'appuie sur la production énergétique et la recherche, quant la Cérulée mise sur le grand commerce, le tourisme et les services. Dans l'ensemble, ils sont tout deux des espaces urbains qui se structurent fondamentalement autour de la ville. Les deux rives-empires se méprisent réciproquement et n'entretiennent aucune relation notable ou très peu via l'UDO, mais la chose demeure à ce jour embryonnaire et la création d'un Occident unis sur les valeurs marchandes reste une quête jonchée d'embûches.

Les barbares

A la périphérie de la civilisation vivent les peuples barbares de Dytolie, les ploucs et les rebus du continent, tout ceux qui ne se retrouvent ni dans la vision du monde, ni dans le mode de pensée, ni dans les mœurs de la Boréalie et de la Cérulée, en dépit de racines communes. Bien que marginalisées, les nations sauvages ne s'unissent pas entre elles et conservent des habitudes éminemment tribales. Elles ont d'ailleurs peu en commun : certaines sont industrielles et vaguement conservatrices (Gänsernberg, Valaryan) quand d'autres sont plutôt rurales, traditionnelles, pieuses et familiales (Thorval, Lagac'hann, Karnobat). La Phalanstérie, enfin, est un État révolutionnaire au milieu d'un continent en grande majorité libéral qui hésite à proclamer la fin de l'Histoire.

Anarchie prochaine

La domination des forts pourrait bientôt prendre fin et abandonner la Dytolie à l'anarchie. En effet, la puissance Vonalyenne s'affaiblit au fur et à mesure du ralentissement de sa production gazière, alors que Lébira pourrait, à force de s'étendre en Algarbe, perdre sa légitimité dans les affaires du Vieux Continent. Le prochain vacuum du pouvoir géopolitique promet de rebattre les cartes. Qui en profitera ? Les barbares ? La Britonnie pour le Nord ? Le Caskar pour le Sud ? Ou bien l'idéologie communiste emportera tout sur son passage poussée par l'Internationale ?

Écrit par Percefal Fenton-Beckett

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Message par Zaldo »

Au cœur du Thorval (20).
20 mars 2037,

Le cœur de Thorval se situe dans ses campagnes et ses châteaux, tandis que les villes, en dépit de leur prestige, n'en sont que des places secondaires. Contrairement à la vision idyllique, pleine de douceur et de sérénité, la vie paysanne n'est pas de tout repos, elle est même rude et exigeante. Aussi, les milieux ruraux ne sont pas ces endroits de paix éternelle mais des lieux bouillonnant de vie où les confusions, les bruits, les conflits et l'agitation sont rois. Derrière ces taches sombres se cachent toutefois un véritable artisanat rural et d'importants épicentres de développement culturel et intellectuel par les monastères, les abbayes et les écoles abbatiales.

La vie rurale étant trop localisée pour intéresser les bourgeois, elle sera relatée ici :


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Le château de Gandalfr af Tverborg « l'Infâme »

Le Jeu


- Les émissaires venus négocier la paix au sein de la forteresse (image ci-dessus) du seigneur Gandalfr af Tverborg se firent défenestrer par le maitre des lieux. Depuis, le nobliau recevait la réprobation générale du monde féodal et pourrait aussi perdre ses plus fidèles soutiens. Il était répudié non pas pour l'homicide, c'étaient des choses qui se produisaient durant la guerre, mais pour avoir gravement attenté aux règles sacrées de l'Hospitalité. En effet, avant son geste, le Bellatore offrit en grande pompe la corne de bienvenue à ses invités. Sa réputation était désormais morte et son honneur irrémédiablement souillé. Celui qui se parjurait et couvrait l'Hospitalité de sa boue n'était plus un homme !

- La Dame Borga af Hjortgård a repoussé l'attaque surprise du Midhordland, fief de son oncle, contre ses terres et son domaine. L'assaut du château de Jarlborg fut une bataille très violente et provoqua la mort de cent hommes. A défaut d'agrandir son territoire, l'assaillant pu tout même repartir avec deux cent chevaux de guerre pillés dans les élevages spécialisés de la région. Fatiguée mais extrêmement coriace, la Cheftaine Borga préparait déjà sa contre-attaque et s'en était également pris à son astrologue qu'elle accusa de n'avoir pas su la prévenir des plans de l'ennemi. Les causes du conflit résidaient dans une querelle de succession intra-clanique.

- Trois prisonniers se sont échappés des geôles du château-fort Sankt Sigfrid dans l'Erredal. Condamnés pour viol, les bandits se sont enfuit probablement au moment où le sang, les cris et l'horreur de la bataille faisaient fureur. Frederik III était empêtré dans une guerre sans fin contre les terribles Vølsing et promit de ramener les violeurs malgré une dernière victoire éreintante. Les meilleurs pisteurs étaient sur le coup et ratissaient en ce moment même la campagne et les forêts voisines. Des efforts qui pourraient être contrecarrés par des adversaires plus remuants que jamais, et pour qui la défaite récente n'était qu'un contretemps avant leur irrémédiable victoire.
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Message par Zaldo »

En un clin d’œil.

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Totalement inspiré de la mise en forme de Sc0rpi0, tout le mérite lui revient.





Le Thorval est :
ImageUn royaume féodal
ImageUne monarchie absolue
ImageUne république parlementaire
ImageUne république autoritaire ou totalitaire

L'État est :
ImageQuasi-inexistant, très faible
ImageExistant et faible
ImageBien formé et solide
ImageFort et solide
ImageTrès fort, autorité incontestable

La Reine règne sur :
ImageDes sujets
ImageDes esclaves
ImageDes citoyens
ImageDes consommateurs
ImageDes groupes sociaux autonomes (clans, confréries, communautés villageoises, villes autonomes)

Le pouvoir est :
ImageUltra-décentralisé, provinces quasi-souveraines
ImageDécentralisé, provinces autonomes
ImageSimplement déconcentré
ImageCentralisé, autonomie faible des provinces
ImageUltra-centralisé, les décisions se prennent à Jensgård

Le Droit repose sur :
ImageLa Loi écrite
ImageLa Coutume
ImageLes deux

Celui-ci est :
ImageFacilement modifiable
ImageMoyennement modifiable
ImageDifficilement modifiable

Les coutumes se composent de :
ImageUne coutume unique pour tous
ImageUne faible coutume commune, assortie d'une flopée de coutumes particulières

Les mœurs sont en règle générale :
ImageUltra-méchantes
ImageDouces et sirupeuses
ImageAbruptes et grossières mais généreuses

Les mœurs sexuelles sont :
ImageTrès prudes
ImageMoyennement prudes
ImagePeu prudes
ImageLibertines
ImageDécadentes

Le catholicisme est :
ImageSécularisé
ImageModerne
ImageTridentin
ImagePopulaire et superstitieux (typique de ce qu'on appelle le Moyen Age)

L'économie est :
ImageÉtatique
ImageCommunautaire à la campagne, corporatiste en ville
ImagePrivée
ImageMixte

Celle-ci est marquée par :
ImageUne majorité d'échanges non-marchands
ImageUne majorité d'échanges marchands

Le système monétaire repose sur :
ImageDes monnaies métalliques
ImageUne monnaie papier
ImageLes deux

Les règlements s'effectuent principalement :
ImageEn nature
ImageEn monnaie

Le système fiscal est :
ImageFaible et largement tolérant
ImageFaible mais rigoureux
ImageMoyen et rigoureux
ImageFort et rigoureux
ImageOppressif

La propriété privée est :
ImageAbsolue et sacrée
ImageSimplement garantie
ImageLimitée et incertaine, notion de possession davantage que celle de propriété privée.
ImageInexistante

La famille repose sur :
ImagePas de famille
ImageLa famille monoparentale
ImageLa famille nucléaire
ImageLa famille élargie
ImageLe clan

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Le Thorval en un clin d’œil.
« Il faut pardonner à ses ennemis mais pas avant de les avoir pendus. » Proverbe thorvalois.

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Zaldo
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Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La bonne étoile des astronomes.
2 avril 2037,

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L'Université de Sankt-Thøger, qui outre les arts libéraux enseignait aussi les sciences, vivait un remarquable moment de gloire après que ses clercs [savants] soient parvenus à construire « une gigantesque lunestte mescanique dotée d'un gros miroir » avec l'aide et le soutien de l'Église. De quoi fortement tordre le cou aux ricanements des scientistes caskars du Xérate. Ces derniers devraient davantage méditer la célèbre citation de Rabelais « science sans conscience n'est que ruine de l'âme » et vérifier leurs sources. Pendant ce temps, la publication s'était à jamais aliénée l'Université de Jensgård tout en ruinant la coopération savante avec le Grand Duché.

L'engin nouvellement inventé se trouvait dans la Tour céleste de l'université et offrait déjà d'incroyables observations de la voûte céleste. Le spectacle irradia de bonheur les érudits qui se sentirent à la fois pétrifiés et émerveillés par la beauté incommensurable du firmament de Dieu. La découverte était une véritable aubaine pour les astronomes et les astrologues du pays qui, loin de la pollution lumineuse rencontrée dans les nations urbanisées-industrialisées-tertiarisées, possedait incontestablement les meilleures conditions pour l'observation céleste. Or gros temps, le ciel nocturne thorvalois contenait une constellation infinie d'étoiles.

Quant à l'invitation de coopération scientifique offert par le ministre Brackston de New Eden, il fallait laisser le temps à l'information de voyager jusqu'au Thorval. Comptez au moins trois semaines. Nul doute que lorsqu'ils ouïront Eden, beaucoup penseront que le Jardin de Dieu avait été retrouvée...
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Zaldo
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Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Fondamentalisme chrétien ?
9 avril 2037,

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Une moine de l'Ordre Larsais, province de Mølleåen, au pied du Veggerbjerg.


Souvent, le monde est tenté de ranger le Thorval parmi la nébuleuse du fondamentalisme chrétien dont le fondement reposerait, notamment, sur une lecture littérale et rigoriste des textes sacrés. Est-ce une réalité ou une idée reçue comme l'espace sécularisée en possède des Livres (unité de poids) sur la question, de l'obscurantisme au Moyen-Age [A noter que les savants thorvalois ne divisent pas l'Histoire de la même façon et ne parlent à aucun moment d'Antiquité, de Temps médiévaux, de Renaissance etc. Ils parlent par exemple de Troisième Age pour l'époque actuelle et d’Ère des Clans pour le Thorval] ?

Outre des mœurs peu prudes et certaines croyances moyennement orthodoxes issues de la culture norroise, la manière de lire et d’interpréter la Bible – le Nouveau Testament en particulier – chez les clercs thorvalois est aux antipodes aussi bien des méthodes intégristes que celles libres et désincarnées. Tout d'abord, un postulat : malgré le danger, il est impérieux de traduire le Verbe, en Latin, afin de le rendre accessible au langage. Cela, toutefois, ne suffit pas, les textes sacrés nécessitent également une exégèse complète de leur contenu. En somme, une étude approfondie de la Bible faite par le biais de commentaires, dont l'ambition est de dévoiler à des fins pédagogiques le sens des Écritures. C'est une véritable activité sacrée, comparable à la prière, aux sacrements et à la prédication. Les moines et théologiens thorvalois s'y sont donnés à cœur joie durant des siècles et s'y adonnent abondamment encore de nos jours. Si bien que leurs manuscrits s'en retrouvent chamboulés : le texte biblique à proprement parler n’y occupe qu’une place très restreinte comparée au commentaire disposé tout autour qui, lui, remplit la totalité de l’espace ! Ces travaux constituent ce que l'on appelle la Tradition, riche, passionnante et extrêmement touffue. Néanmoins, croient-on chez les clercs thorvalois que le Legs des Ancêtres suffit amplement et qu'il n'y a dès lors plus besoin d'y toucher ? La réponse est non. Si tous se réclament de leurs prédécesseurs, c'est pour prendre une position d'humilité et n'hésitent pas, tout en respectant les travaux des anciens, à apporter leurs propres commentaires, combler les oublis et corriger les éventuelles erreurs. La Parole de Dieu est évidemment absolue et unique, mais elle nécessite aussi le commentaire des gens d'Église pour affiner sa compréhension. Outre cela, elle peut aussi s'affiner par des apparitions. En d'autres termes, les clercs thorvalois sont guidés par Bernard de "Chartres" et sa métaphore : « nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants ». De cette manière, ils rendent grâce aux anciens pour leur savoir infini qui permet aux débiles qu'ils sont de progresser dans la connaissance de la Parole Divine et de Ses Desseins. Pour eux, il s'agit non pas de rompre avec la tradition mais de l'améliorer constamment.

De ce fait, le catholicisme de Thorval est une branche interne distincte aussi bien du Tridentisme que du Modernisme. Le premier pense peut-être l’exégèse parfaite et ne trouve plus le besoin d'y toucher. Vouloir remettre de l'ordre et serrer la visse est compréhensible, en particulier avec la pression du protestantisme. Le second pousse, quant à lui, l'Église à abandonner sa vocation et à adopter les valeurs du monde, contraire aux siennes. Au final, le Thorval n'est pas du judéo-christianisme mais du nordo-christianisme [les apports du judaïsme (Dieu unique...) sont déjà inclus dans christianisme, et nordo se réfère à l'harmonie créée par les premiers missionnaires et affinée ensuite par les suivants entre le catholicisme et la culture norroise].

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Zaldo
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Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

Le trouble face à l'argent.
14 avril 2037,

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Un coffre plein d'or, quelque part au Thorval...


A toutes fins utiles, le Thorval étair une grande contrée marquée par la rareté monétaire, une forte autoconsommation et une très faible bancarisation, au point que même les plus riches bourgeois n'avaient pas forcément de dépôts aux Monts-de-Piété restants, celui de Jensgård s'étant effondré du fait de ses nombreux déboires avec le monde féodal. Comment était perçu l'argent au sein du royaume, comparé aux nations modernes (hors communistes) où il tenait une place fondamentale au point que les dirigeants y devinrent maintenant davantage des gestionnaires économiques que des chefs politiques ?

La bourgeoisie des villes, à l'exception de ses couches pauvres et miséreuses, n'éprouvait aucun malaise face à l'argent. Pour elle, ce moyen d'échange n'avait en soit rien de repoussant. Il convenait au contraire d'en gagner toujours plus, de le thésauriser et de garder jalousement ses biens afin non seulement de gravir la montagne sociale mais aussi de conserver sa position. Le bourgeois se construisait, et basait son statut, sur l'argent qu'il possèdait. Hélas, ses aspirations pécuniaires et politiques se trouvaient continuellement miner par toute une série de barrières, d'autant que les rapports de force n'était, non plus, pas en sa faveur, faisant de lui une périphérie, un parasite.

Les seigneurs méprisaient l'argent. Leur pouvoir reposait avant tout sur la terre, le château, le fief et le domaine. Quand ils acquéraient de la monnaie, ils la donnaient en faisant l'aumône, en construisant un monastère, en dotant les servantes etc... la largesse, la générosité et la libéralité constituaient trois valeurs fondamentales du monde féodal. Quand on était noble, il fallait donner, donner tout ce qu’on possédait au risque de finir ruiner. De même, les chevaliers, nobles ou pas, n'aimaient pas l'argent qu'ils voyaient comme le salaire du mercenaire. Pour eux, seuls comptaient le courage, la prouesse et l'exploit. Telles étaient les valeurs de la noblesse et de la chevalerie pour lesquelles le bourgeois était toujours un être avare et mesquin.

Du coté de l'Église, le malaise autour de l'argent était évident. Celui-ci s'appuyait sur de fortes sources bibliques : les Hébreux qui adorèrent le veau d'or à la place de Dieu, Judas qui vendit le Christ pour quelques deniers, Jésus qui chassa les marchands du temple... l'argent avait toujours une nature peccamineuse. L'avarice (proche de l'avidité) représentait l'un des sept péchés capitaux et les prédicateurs qui parcouraient les campagnes ne cessaient de répéter qu'il était plus aisé pour un chameau de passer par le trou d'une aiguille, qu'un un riche d'entrer dans le royaume des cieux. Ces positions se traduisaient dans la réalité par l'interdiction du prêt à intérêt, la lutte contre la simonie, l'exigence d'une pauvreté absolue du clergé (revenant souvent) et la méfiance à l'égard de la notion de profit. En règle générale, s’occuper d’argent, s’en préoccuper et en faire commerce étaient des activités à risque pour l'âme.

L'attitude des paysans, qui payaient en nature le plus souvent, possédaient certaines ressemblances avec celles des féodaux. La monnaie, rare au demeurant, n'était pas le pôle central de leur existence et ils méprisent celle-ci, lui préférant la vie sociale au sein du clan ou du village, la terre, la semence et le bétail. Un paysan préférera toujours posséder une truie qu'une pièce d'or. S'il possédait de l'argent, il le dépensera aussitôt à la taverne car fait pour l'être, l'épargne étant une hérésie. C'est enfin au sein de la paysannerie qu'existaient les plus importants liens de solidarité.

La ligne de fracture se trouvait donc essentiellement entre la grande/moyenne bourgeoisie et tous les autres. Au cours des siècles, ceux-ci firent, souvent inconsciemment, alliance afin de barrer la route à la première car ni les pauvres des villes, ni les paysans, ni les chevaliers, ni les seigneurs, ni le clergé n'avaient à gagner de voir les puissances d'argent devenir maitresses.
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Le Thorval en un clin d’œil.
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Zaldo
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Message par Zaldo »

Conception du pouvoir.
17 avril 2037,

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Les hommes de la Duchesse, lors d'une expédition antérieure plus au nord à l’automne dernier


A une quinzaine de jours du rassemblement de la Højting dans la clairière sacrée de Morgård, la Duchesse Helle af Mølleåen se confrontait au désaccord frontal et déterminé de ses barons d'accomplir le service de corps et de cheval, allégeant avoir déjà effectué le temps d'ost annuel fixé par la coutume féodale. En d'autres termes, les vassaux refusaient de suivre leur dame dans les plaines de Fornland pour faire la guerre au comte Ragnarr III. Déclinant un par un l'appel, les chevaliers refusaient également de discuter avec la Duchesse, pourtant Seigneur-Lige, et restaient dans leurs châteaux. L'évènement, en soit, n'avait rien d'exceptionnel et se produisait aussi souvent que les suzerains donnaient l'impression d'oublier la réciprocité des droits et devoirs constituant le Lien féodal. L'affaire pourrait durer longtemps mais la probabilité qu'elle se termina par l’exécution des récalcitrants était très faible étant donné que les vassaux se trouvaient dans leur droit et que le seigneur devait respecter la coutume. L'épisode constituait clairement un bras de fer engagé avec le maitre et rappelait deux aspects de la société au Thorval.

Tout d'abord, il montrait que les chevaliers (ainsi que les hommes d'armes à pied) n'étaient pas des guerriers aveugles et serviles : ils veillaient aussi à la coutume, au respect de leurs droits et à la préservation des plus faibles. Quand bien même la guerre demeurait un trait fondamental de leur identité, les Bellatores se méfiaient de certains combats perçus comme risqués. Par ailleurs, le phénomène de la Grande muette, où les forces armées se contentaient d'obéir à la politique sans jamais s'y introduire, n'existait pas dans le royaume. Au contraire, même !

L'autre aspect résidait sur la façon dont le pouvoir se concevait. Celui-ci devait circuler dans l'ensemble du tissu social au lieu de se concentrer entre les mains d'une personne. Ainsi, il n'y avait au Thorval guère de souverain ou de monarque. Fluide, basée sur les relations interpersonnelles et claniques (jamais institutionnelles !), la société féodale thorvaloise n'aimait pas le pouvoir concentré et immobile, chaque décision, aussi infime fusse-t-elle, devait faire l'objet de conciliabules interminables avec les vassaux, les chevaliers, les capitaines, les proches et les familiers. Ces derniers y donnaient non seulement leur avis mais aussi leur accord. Ensuite, la décision devait pareillement passer par les assemblées de villages ou provinciales. Le seigneur n'était donc pas seul sur sa cathèdre et plutôt que d'imposer, devait sans cesse composer avec tout le monde. Cela avait l'avantage de lui rappeler les deux devoirs clés du vassal : l’auxilium - l'aide militaire - ET le consilium - le conseil - pas moins important.

Toutes ces caractéristiques étaient évidemment valables pour Marie III. La Reine personnifiait la première suzeraine, seigneur des seigneurs, primus inter pares. Son rang au sommet de la pyramide féodale constituait davantage une position d'honneur que d'autorité. On ne saurait être plus loin de la réalité politique qu'en la décrivant comme une souveraine ou une monarque. Elle ne possédait pas d'autorité directe hors de son domaine, les vassaux de ses vassaux n'étaient pas les siens, la vie des communautés en dehors des terres royales n'était pas non plus proprement de son ressort et la commise (reprendre le fief à un vassal) restait un doux fantasme. Bref, Marie était presque un seigneur comme un autre, un puissant seigneur certes, mais un seigneur quand même. Cela se remarquait d'ailleurs dans les coutumes fondamentales du royaume : les dispositions marquant une souveraineté royale telles que la distinction du Roi et de la Couronne, l'indisponibilité de la Couronne ou l’inaliénabilité du domaine de la Couronne étaient introuvables.
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Re: Fenêtre sur le pays

Message par Zaldo »

La Haute assemblée (2).
24 avril 2037,


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Passage nord vers la clairière sacrée...


Des camps apparaissaient tout autour de la forêt de Morgård. Les tentes grises, blanches, bleues marines, vertes ou rouges y poussaient chaque jour comme des champignons. Une pléiade de bannières de clans nobles ou roturiers claquaient au vent sous un ciel dégagé et une température adoucie. Des chevaux hennissaient par-ci par-là, des chasseurs reparaissaient des lièvres en main, et plusieurs chaudrons de ragoût cuisaient à feu doux. Certains dormaient, d'autres buvaient ou se saoulaient près des immenses tonneaux de bière. De gros limiers montaient la garde, les brigands n'osaient s'en prendre aux gens rassemblés : épée, poignard, arc ou hache, chacun au sein des camps exhibait ou dissimulait au moins une arme sur lui. Le flux des voyageurs, venant de loin, n'épargna pas non plus les proches auberges, qui grouillaient de monde, malgré des lits, dit-on, infestés de puces. Les aubergistes étaient au four et au moulin, trop heureux de collecter de l'or et de l'argent. La monnaie était précieuse et circulait assez peu.

A quelques jours de l'ouverture de la Haute Assemblée, presque cinq cent députés à mandat impératif avaient quitté la sureté de leurs clans. Entre les pourpoints finement brodés et les simples tuniques de laine, les capes rustiques et les capes bordées d’étoffes, les soutanes noires et les soutanes rouges, sans oublier les blanches, c'était l'ensemble du royaume qui se trouvait là. Des communautés et des groupes, flous et ductiles, variant dans leurs coutumes, statuts et privilèges, qui attestaient de l’extraordinaire richesse et complexité de la société. La grande réunion commencera à la Saint Jacques et aura lieu dans la clairière sacrée de Morgård, sous les auspices de la Reine, assise sur sa cathèdre sous le Frêne du Christ. Les débats porteront sur les enjeux suivants, et peut-être d'autres encore :

Adoption officielle du Matriarcat
Continuation de la réforme agraire
Rédaction des coutumes
Adoption des vues physiocratiques
Institutionnalisation de l'État et rationalisation de l'économie
Ouverture à la Loi des Merciers

En cas de coup bourgeois, Marie pensait confier le pouvoir aux paléo-communistes, plus à même de préserver l'âme des peuples que les marchands, et c'était peu de le dire. Ils ne pourront toutefois pas contrôler le pays sans s'allier et devront le cas échéant chercher des amis auprès des courants paysans et matriarcaux. Le cheval de l'Enfer mouvait incontestablement le Char bourgeois. Si ce dernier venait à entrer ou dominer, il dévastera, videra et soumettra le Thorval à sa vision du monde.
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